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Conte

Soyez le bienvenu(e) à mon site! J'ai écrit un livre pour les bons lecteurs et lectrices de dix et plus qui aiment la Fantasy, pour tout ceux qui veulent voir la nature contre-attaquer avec un brin d'humour. Mon livre a été publié en décembre 2008 (par une maison d'édition française, mais j'ai repris l'édition), et se trouve en vente chez Payot Neuchâtel, Payot Vevey, à Oron et à Châtel St Denis (rayon Jeunesse). Si vous souhaitez acquérir un livre, vous pouvez vous en procurer par Kindle sur amazon ou m'écrire: Monique.Golay@gmail.com : pour CHF 25.- ou EUR 15, je vous enverrai le livre par poste, tous frais inclus. L'avantage est que vous pourrez le lire avec le charactère aussi gros que vous souhaitez, pour ne pas abîmer vos yeux. Amusez-vous bien avec cette lecture !!! Plus bas, après quelques passages de "L'incroyable Mr Lynx" se trouvent quelques pages de mon deuxième livre: "La Princesse cachée et les terroristes du passé au service de la Reine du Danemark", aussi pour votre amusement. J'ai établi un lien entre mes histoires et le Fonds de recherche artistique et scientifique Jules Jacot Guillarmod, valorisé par la Bibliothèque de la Chaux de Fonds, unique au monde. L’histoire en quelques lignes : Nobi Lynxu est un lynx qui ne se contente pas de mener une vie confortable et peu ambitieuse. Un jour, il décide de quitter La Terre des Forêts pour découvrir la Cité où il rencontre une magnifique siamoise appelée Geta (prononcer "Gueta", c'est un mot japonais). Ils font connaissance et échangent leurs bonnes histoires, puis se retrouvent à comploter un plan contre un grand et dangereux pitbull qui sème la terreur partout. En effet, cet affreux molosse mange des chevaux et des vaches, garde les os de ses victimes et en fait un tas surlequel il dort comme sur un lit. C'est un fou furieux, si bien que Nobi prévoit de l'envoyer chez le vétérinaire. Tout au long de ses aventures, une amitié touchante se noue entre Nobi et Geta. Et bien évidemment, le lynx explore ses qualités: son grand courage et sa formidable discrétion. Tous les moyens sont bons pour constamment démontrer ses brillants traits de chat sauvage. 14 Chapitres s'offrent à vous, incluant soixante mille mots, tous écrits avec soin pour le plaisir et l'amusement des lecteurs et des lectrices, jeunes et seniors.
Vous trouvez ci-dessous un résumé plus détaillé accompagné de quelques passages de mon livre (marqués en italique). Monsieur Lynx possède un nom de famille: Lynxu, ainsi qu'un prénom: Nobi. c'est alors Monsieur Nobi Lynxu.   © Monique Golay  

Soyez convaincu(e) que Monsieur Nobi Lynxu vit dans un terrier luxueux :  

    Sa tanière mérite d’être décrite avec ses fenêtres d’ambre, et la mousse imperméable qui formait son toit. Une pomme de pin gigantesque servait de porte : celle-ci s'ouvrait ou se fermait au gré du vent, ce qui était fort pratique. Le plancher était recouvert de poussière cristallisée en un épais tapis, de sorte que même lorsqu’il faisait froid dehors, l'endroit demeurait chaud et confortable. C’était certainement très charmant de vivre dans ce terrier, et Nobi se savait chanceux.
 
   
Aventureux, Nobi entreprend de nombreux voyages qu’il raconte aux autres lynx de sa communauté. Ceux-ci utilisent alors du papier pour écrire ses récits, se montrant ainsi en animaux bibliophiles. Mais Nobi rêve de toujours en savoir plus, et un jour il décide de quitter le Pays des Lynx pour découvrir la Cité. Il donne alors une grande fête d’adieu dont voici quelques détails (Ce qui suit dévoile une partie du livre):   
    
   A ces mots, la pomme de pin du numéro 7 s'ouvrit comme par magie. Avec un mélange de crainte et d'excitation, les créatures s’engouffrèrent à l'intérieur du séquoia. Elles crurent alors avoir pénétré dans un rêve. Un hall énorme illuminé par des torches révélait les dimensions extraordinaires du conifère. L’intérieur était curieusement meublé avec une multitude de tables et de bancs pour accueillir les nombreux invités. Ceux-ci y prirent place. En attendant d’être servis, ils discutaient le goût de leur hôte, jalousant le tapis en poussière et le plafond en mousse, et admettant que la tanière de Monsieur Lynxu démontrait un goût plutôt raffiné. Plus tard, quelques-uns commencèrent à chanter de vieilles chansons et à jouer de la musique. Grâce à l’habileté fort remarquable de leurs griffes, ils pouvaient facilement pincer les cordes d'une guitare dont le son devenait aussi bon que celui d'un beau concert.
Minuit sonnait lorsqu’un grandiose poisson leur fut servi.
C’est alors que des jeunes lynx se prirent tout à coup à crier :
– Nobi, un DISCOURS !
– Qu’avez-vous dit ? protesta Nobi, inquiet.
Il savait fort bien raconter des histoires, mais il n’était pas très doué pour les discours. Surtout, il n’en avait pas préparé et il n'avait pas envie de se risquer à improviser.
– Fais-nous un discours, un DISCOURS ! crièrent les jeunes ardemment, flairant l’appréhension de Nobi.
Ensemble, ils le poussèrent vers une plate-forme, le forçant à y monter et à prendre la parole devant l’assemblée réunie.
– Mes chers invités, dit-il alors timidement, bien forcé de prononcer ce discours impromptu.
– SHH ! sifflèrent les jeunes lynx, feignant de réclamer le silence tout en faisant beaucoup de bruit.
– Voulez-vous vraiment que je fasse un discours ? demanda-t-il, dressant ses oreilles avec l’application d’un chat qui ouvre la chasse.
- OUI ! Tu as déjà commencé, s’écria une jeune demoiselle Lynxari, avec un large sourire. Cela ne te ressemble pas de t’arrêter au milieu d'une phrase. On va t’écouter tel un oracle.
- Bien… je serai bref, marmonna-t-il, redressant ses moustaches. Heu, soyez les bienven…
- Ho ! Ho ! Ho ! Bon vieux Nobi ! hurlèrent les jeunes lynx, l'interrompant pour l'embarrasser.
Mais dans un effort pour imposer son autorité, Nobi éleva la voix et déclara :
– Mes chers Lynxeki, Lynxishi, Lynxaki, veuillez m’écouter. Et vous aussi, mes chers Lynxuki, Lynxomoi, Lynxsashi : je vais sous peu quitter Ville-en-Bois, ma famille et mes chers amis, car je veux entreprendre un long voyage jusqu’à la Cité qui se situe, comme vous le savez, de l'autre côté du monde.
– Nobi l’intrépide globe-trotter ! Hourrah ! hurlèrent les autres dans un tonnerre d’applaudissements.
Ils burent à sa santé et frappèrent leurs verres pour qu’on les remplisse à nouveau. Des cris de « bonne chance ! » retentirent de partout, et ils entonnèrent en chÅ“ur une vieille mélodie :      
                                                        Oo Nobi-o !
                                        Dix becs pour Dame Lynxari,
                                    Et cent becs pour Kata Lynxsashi !
 

    Cette plaisanterie gênait Nobi qui se sentait de plus en plus mal à l’aise. Mais il reprit confiance en lui et poursuivit son discours sur une tonalité plus grave :

    « … Vous connaissez ma vieille histoire… vous savez que j'ai toujours rêvé d'aller à la Cité des grands elfes, en raison d'un livre que j’ai lu : Les histoires fantastiques des grands elfes (par E.K. Lynxagari). Bien qu'ils soient censés être très avancés dans leurs connaissances, ils ignorent cependant tout de l'intelligence des animaux. Cela m'étonne tellement que je voudrais voir ces créatures de mes propres yeux. »

    Tandis qu'il parlait, les autres tenaient leurs propres discussions :
« Pourquoi ne se choisit-il pas une fiancée au lieu de lire des livres? 
    - Oh tu sais, il ne faut pas trop l’écouter. Et personnellement, je ne me risquerais jamais à faire un discours.
    - Non, tu as en effet trouvé mieux à faire que lui puisque tu es confortablement assis et tu n’es pas assez idiot pour oser prendre la parole devant tout le monde ! »
 
   
    Un peu plus tard dans la soirée, Nobi abandonne sa famille et ses amis dans le but de réaliser son rêve. Arrivé en ville, il entend des pleurs et des cris qui proviennent d’une siamoise appelée Geta. Celle-ci étant maltraitée par un nain, Nobi risque sa vie pour la sauver. Reconnaissante, la siamoise l’invite dans sa maison, et les félidés s'échangent les histoires de leur vie : Nobi lui parle du Pays des Lynx et Geta de sa vie avec Paul, son maître. Le monde de Geta semble étrange aux yeux de Nobi, puisque c'est un chat sauvage qui ignore tout de la vie domestique. Il se comporte d'ailleurs en tant que tel, et commet bêtises sur bêtises. Les chapitres II à X décrivent toutes les farces que Nobi commettra sur le dos de Paul. Il affile ses griffes sur ses chaises, endommage sa télévision, déchire son couvre-lit et crée un chaos général. Comme l’homme ignore tout de la présence du lynx dans sa maison, il pensera tout d’abord que celle-ci est le théâtre d’un crime, pour ensuite croire à la visite d’un ours. Il s’affole, a de drôles de réactions et perd l’esprit. C’est au travers de l’homme que le lynx explorera ses qualités telles que son courage et sa discrétion. Tous les moyens sont bons pour constamment démontrer ses brillants traits de lynx. Au fil des événements, Paul devient toujours plus fou, ce qui le distanciera de Geta et consolidera l’amitié entre les félins. Lors du premier soir chez Geta, les chats s’aventurent sur le toit. Mais quand Paul ferme la lucarne, les félidés sont condamnés à y passer la nuit entière. De plus, deux souris appelées Seki et Ko avaient déjà espionné le lynx, ce qui va créer considérablement plus de suspens. Elles décident d’avertir un grand pitbull très dangereux pour les aider à chasser le monstre qui n’est en fait autre que Nobi :  

    « Ce monstre mange des écureuils ! l’infâme ! dit Seki, la souris femelle, une petite créature grise recroquevillée en une pelote poilue. Cela ressemble à notre chair, n'est-ce pas?
    - Tu as absolument raison, dit Ko, son congénère mâle.

    - Ce gros farfelu serait donc susceptible de nous manger. Oh, il va nous frire avec des oignons !

    - Mais non ! Quel non-sens ! S'il nous mange, il nous avalera tout cru et sans oignons, ce qui sera bien assez pénible.

    - Quel chat titanesque : On dirait l’oeuvre du diable!
   
- C’est bien pire : C'est un grand chat sauvage, releva Ko, en tremblant comme une feuille.
    - Aah, pas un chat sauvage, ou je meurs ! gémit Seki d’une voix à peine audible.

    - Ce sont des nouvelles pour le pitbull.

    - Oui, il n’en fera qu’une bouchée ! Vite !! Regagnons le bas du toit et allons l'avertir ! » dit Seki, alors qu’un mélange de panique et d’excitation se propageait dans tous ses membres. Se mettant au défi de combattre le lynx avec l’aide du pitbull, les souris se précipitèrent vers le bas du toit jusqu'à l'extrémité d’une gouttière.
    « Ce canal nous servira de passage : Vas-y ! dit Seki en poussant Ko dans le vide. Tu ne crains rien, jamais ce stupide chat sauvage ne te repérera là-dedans.

    - Oui … euh … non ! dit Ko en s’agrippant à l’autre. Vas-y toi d’abord ! Ooh, ça descend à la verticale !

    - Vas-y ! Vas-y ! Il suffit de te laisser glisser le long du tuyau jusqu’au sol. »

    Finalement les souris, s’agrippant l’une à l’autre, chutèrent ensemble dans la gouttière. Elles interrompirent leur conversation pour pousser des petits cris sauvages qui s’amplifiaient au fur et à mesure que le vide s’ouvrait sous leurs corps. Après une longue chute, elles se heurtèrent contre une courbe du tuyau qui bifurqua leur direction et ralentit quelque peu leur rude cascade. Elles purent alors reprendre leur dialogue.
« J’ai mal partout ! J’ai des bleus à ne plus en finir ! pleura Seki.
    - Un saut dans le vide n’aurait pas été pire ! grogna Ko.
    - Où sommes-nous ?

    - Tiens, pardi ! Toujours dans la même gouttière ! répondit Ko de mauvaise humeur à cause de ses membres endoloris.
 

Voilà alors que ces souris avertiront le très dangereux pitbull pour les aider à chasser le lynx. Plus tard dans l’histoire et au cours de différents périples, Geta et Nobi se retrouvent coincés sur le toit et doivent trouver une solution pour retourner à l’intérieur de la maison. Un aigle appelé Shimari Aigletashi va les aider : Mais je m'arrête ici pour ne pas vous dévoiler l'intégralité de mon livre.  

   

J'espère vous avoir offert un bref aperçu de l’imaginaire qu’offre ce conte. Ayant présenté un personnage nouveau, un lynx magique, dans deux classes d’école en 1998, la réception des enfants fut si chaleureuse et sympathique qu’au fil du temps, il en est ressorti ce conte. Mon but est bien sûr de donner une grande envie aux lecteurs et lectrices de lire ainsi que d’apprécier des valeurs écologiques transmises sous forme d’un conte.     © Monique Golay  

Ci-dessous figure le portrait de Nobi:


Et voici comment il faut imaginer la conversation entre Tsugi Lynxeki et Sabaki Lynxishi lorsqu'ils se consultèrent sur la disparition de Nobi:




Les noms des personnages sont empruntés du jeu de Go. Le site http://www.swissgo.org/ vous donnera de plus amples informations. Cet ouvrage fait le lien entre le jeu de Go et le monde animalier, amenant les lecteurs et lectrices à faire une réflexion sur le territoire et l'espace.

Coucs! c'est moi.

J'ai un deuxième roman. Ne vous effrayez pas de son titre:

LA FILLE PHOTON    © Monique Golay  

et les terroristes du passé au service de la Reine du Danemark.

Lois du copyright selon la législation de Berne (Suisse).

Le texte est inspiré de mon quatorze fois arrière grand oncle Joseph Jacot Guillarmod (1603-1698), Lieutenant-Colonel au service de Danemark (écrit par Olivier Clottu, édité à Neuchâtel, Suisse). J'espère que ma famille m'excusera d'appeler notre ancêtre un "terroriste du passé"! Euh, et à quelque part, cela pourrait inclure les ancêtres des suisses... c'est pas très bien de les appeler des sortes de hors-la-loi. Non, je rigole. Vous trouverez plus de détails sous la rubrique "Historique du texte". Pour l'instant, voici quelques extraits en italique:


et les terroristes du passé au service de la Reine du Danemark.

Ci-dessous figure la couverture de "La Fille photon"; je me suis amusée à tordre la célèbre formule d'Albert Einstein dans tous les sens et d'en faire une sorte de conte de fée. C'est une mise en fantasy de l'histoire des jumeaux: l'un des deux frères jumeaux fait un voyage à une vitesse proche de celle de la lumière. Alors son temps propre se dilate pour donner un plus grand temps dilaté. Bref, il vieillit lorsqu'il retrouve son frère au retour de son voyage.


  © Monique Golay

Chapitre I

Un voyage inattendu

 

Kibitz, qui habitait à la Capitale de l’Enfer, se vantait toujours d’être plus ténébreux que les ténèbres, bravo pour lui. C’était une petite créature huileuse, qui n’avait pratiquement pas de tête, mais possédait en revanche des yeux si globuleux qu’ils brillaient comme deux ampoules de Noël. Il disposait de cornes particulièrement longues et meurtrières, avec lesquelles il tua un dragon dont il prit la peau pour se confectionner des collants rouges. Curieusement, il ne se séparait jamais de sa fourche. Et silencieusement il hantait l’obscurité de sa profonde caverne sous le sol de la Lune, à la rue de la Pupille Noire, au numéro 13.

Kibitz apparut sur Terre sous la forme d’un vieux sorcier, tout vêtu de noir, avec une vieille pipe dans la bouche, et un gros livre dans la main. C’était il y a trois cent quarante-six ans, en 1665. Aux humains, il donna le livre qui portait le titre :

 

Tout sur la Fin du Monde,

Résumé de la Destruction programmée par Moyo,

Le plus grand elfe noir de tous les temps.

(Publié en 1665 par les Éditions de l’Enfer)

 

- Quand est-ce que cette fameuse Fin du Monde aura lieu ? lui demanda un ancien roi qui croyait à une mauvaise blague.

- Bientôt ! répondit le vieux sorcier. Désolé, il m’est impossible de vous en donner l’année exacte. Je ne comprends rien au calendrier des humains.

- Vous êtes ignorant ! s’exclama le roi, indigné.

- Non ! riposta Kibitz. Les Terriens ont une façon particulière de compter le nombre de jours dans une année. On trouve 687 jours pour les Martiens, et 90'613 pour les habitants de Pluton. Vous voyez, le temps ne suit pas une ligne droite, mais s’écoule selon des courbes et des croisements.

- Pardon ? fit le roi, médusé.

- Vous ne le saviez pas ? demanda le sorcier, ironique. Pourtant, il est facile de détecter les croisements du temps grâce à des machines ou « shishos », comme on les appelle. Cela nous permet de passer d’une époque à une autre.

- Shisho : on dirait un mot japonais, remarqua le roi, suspicieux.

- Ces shishos, poursuivit Kibitz, transforment les jours en secondes et les siècles en minutes.

- Comment est-ce possible ? demanda le roi, en colère.

- C’est vous qui êtes ignorant ! se moqua le sorcier. Ces machines obéissent à une formule très savante, - ∞ ≤ tdilaté = tpropre √ (1 – u2 / c2)  ≤ + ∞.

Voyant l’air ébahi du roi, le sorcier ria haut et fort.

- Alors cette destruction pourrait avoir lieu demain ? demanda le pauvre roi qui se creusait la tête.

- Possible ! répondit Kibitz, et il disparut en flammes, abandonnant le roi à une bouteille de vodka pour son choc.

Quant à Kibitz, il avait bien réussi à semer la panique : mission accomplie ! La seule chose embêtante, c’était qu’une certaine famille appelée Lumière allait, semble-t-il, déjouer la destruction programmée par Moyo.

Les Lumière, ceux-là, quels personnages ! Rien qu’en entendant le centième à leur sujet, toute autre histoire vous paraîtra banale. En les voyant, vous ne vous douterez de rien. En effet, ils ressemblent beaucoup aux êtres humains, mais la question se pose quant à les qualifier d’hommes ou de femmes, de garçons ou de filles. Leur taille et leur chevelure dépassent la normale, et ils sont prédisposés à manger nettement plus que la moyenne sans que cela ne se remarque (trop). Ils connaissent une longévité étonnante, bien qu’ils s’embourbent dans des affaires personnelles où ni vous, ni moi ne se risquerait à fourrer son nez ! Ce sont d’intrépides globe-trotters, et ils ont la fâcheuse manie de réapparaître lorsqu'on les croyait morts. Dotés d'un esprit vif et hardi, ils ne se font pas toujours des amis – citons par exemple Mademoiselle Anne Lumière qui vola un shisho de Kibitz, car elle voulait voyager dans le temps.

Quel jeu ! N’avait-elle donc pas peur de se mettre en retard pour le goûter ? Je ne m’y serais jamais risqué… Mais elle n’avait pas hésité un seul instant, et il vous est permis de la qualifier de “pas très sage” en tous cas. Certains la traitaient de sorcière drolatique qui embarrassait tout le quartier, car toutes sortes d’ennuis jaillissaient partout où elle allait. D’autres disaient que ses poches étaient pleines de « poudre d’elfe » dont une petite pincée suffisait pour ensorceler toute une forêt entière. Ce ne sont là que des rumeurs, mais j’y vois un fond de vérité.

Anne Lumière adorait tellement charrier que les gens débattaient de son avenir avec inquiétude : “Cette petite a l'esprit de contradiction ! Se mariera-t-elle un jour ? J'ai bien peur, ma foi ! que non. Que fera-t-elle ? De la politique ? Merci, non ! Quelle folie sans nom ! Quelque chose de plus joyeux, voyons, pour une femme ! A mon avis, c'est un cerveau. Elle fera une bonne scientifique ! Je les aime beaucoup, bien qu'on en rencontre assez rarement. Mais on en a aussi un peu peur...”

Ses parents en étaient plongés dans l'étonnement.

Pour le meilleur ou le pire, Anne ne partageait pas les mêmes jeux que la plupart des enfants. Intéressée par des lectures trop avancées pour son âge, on la décrétait insensible au rêve. Lorsqu’elle se tenait à la fenêtre en regardant l’épais brouillard, elle n’imaginait pas de bel ange voletant là-haut, alors que tous les enfants de son âge y croyaient. Par ses lectures, elle en savait plus : les nuages sont faits d'eau qui s’est vaporisée, soulevée puis condensée en gouttelettes, point final. Pourquoi donc était-elle si terre à terre ?!

Mais Dieu merci, elle avait été très impressionnée par les récits de son frère aîné, en particulier par celui qui s’était déroulé dix ans auparavant, dans la salle d'accouchement, à sa naissance le 1er août 2010. L’obstétricien qui la tenait dans ses bras avait annoncé à sa maman :

- Votre fille n’arrête pas de fixer l’horloge, Madame Lumière ! Je n’ai jamais vu un nourrisson faire ça ! De plus, son oreille gauche est une montre très étrange : en or massif avec deux aiguilles…Votre bébé est très mystérieux.

            - Ah ? répondit sa mère qui, voyant le regard si intense de sa petite, croyait qu’Anne savait déjà lire l'heure.

Soudain l’horloge de l’hôpital piqua une crise. Ses aiguilles commencèrent à tourner en sens inverse et son verre se brisa avec un bruit perçant. Puis, son mécanisme s’arrêta. Le praticien en eut le souffle coupé et faillit lâcher le bambin par terre.

            - Tu es déjà très astucieuse, alors que tu n’es sortie que depuis quelques minutes ! dit-il.

Jamais de sa vie n’avait-il parlé de manière si drôle à un nouveau-né. Le nourrisson rigola : Alors les aiguilles de l’horloge recommencèrent à avancer sous la vitre fêlée, mais en marquant les minutes à intervalles irréguliers. S’apercevant que son bébé exerçait un incroyable effet sur le temps, sa mère décida de l'appeler Anne Lumière – presque comme année-lumière qui est une distance liée aux astres et au temps.

            Onze ans s’étaient donc écoulés depuis qu’Anne avait reçu son nom prédestiné. Avec le temps, ses yeux noisettes sous des cheveux auburn broussailleux rappelaient de plus en plus son côté paternel de façon éclatante, sauf qu'Anne, elle, avait la faculté de changer la vie des autres. Elle possédait un mystérieux pouvoir de forcer le destin des personnes qu’elle aimait.

            En ce jour de printemps de sa onzième année, Anne, allongée dans son lit, écoutait une émission de radio sur la magie. Alors une question la fascina : supposons qu'il n'y ait rien dans notre monde, pas de magie, pas de merveilles, pas de temps, pas d'espace – rien du tout.

            “Ah, pensa la fillette, mais il y a quelque chose, il y a un monde – un fabuleux monde de rêve, à la fois en dehors de moi et avec moi dedans, et j’y suis pour jouer un rôle !”

            Anne ne souhaitait qu’une chose : que sa bonne vieille grand-mère lui confirme sa pensée, et l'assure qu'il existe en effet un univers fantastique dans lequel on pouvait voyager à travers le temps magique. On y rencontrerait ses parents, ses grands-parents, ses arrière-arrière-arrière-arrière grands-parents lorsqu’ils étaient encore jeunes. Et elle leur raconterait l’évolution du monde !

            Mais sa grand-maman tardait à venir lui lire un conte. Se trouvant seule, à devoir dormir sans que le sommeil ne vint, Anne prêta l’oreille au tic-tac sec et nerveux de son ancienne horloge Neuchâteloise.

            Cette horloge venait de son célèbre ancêtre le Lieutenant Colonel Joseph Jacot Guillarmod, et elle ne faisait pas que mesurer le temps. Elle avait quelque chose de bizarre, comme si ses créateurs lui avaient jeté un sort. Elle se tenait à l’écart, dans un coin. Alors la famille Lumière ne savait plus que cet appareil était muni d’une voix, et voilà qu’elle retentit dans toute la pièce comme un étrange murmure:

            - Voyons, Anne ! Tu déranges Moyo l’Ancien, le chef des elfes noirs, avec ton esprit vif et audacieux !

            Au même instant, le cadran de l’horloge s’illumina et une boule lumineuse en jaillit, emportant derrière lui une traînée blanche et étincelante comme un feu d’artifice.

« Cette traînée ressemble à un tapis volant ! » pensa Anne, émerveillée.

Elle ne le savait pas encore, mais c’était un shisho qui vous emportait au travers le temps. Se précipitant dans toutes les directions, la boule percutait les murs avec un bruit d’enfer. De peur que ses parents se fâchent qu’elle ne soit pas encore endormie, Anne chassa l’étrange petit météore. D’un bond elle sauta de son lit et atterrit par terre avec la souplesse fluide d’un lynx. S’approchant à pas feutré de la boule, elle la happa d’un mouvement habile de ses mains.

            - Tu m’étouffes ! maugréa une voix qui en émanait et faisait vibrer les doigts de la fillette.

Alors prudemment, Anne écarta ses deux pouces pour découvrir entre la paume de ses mains un minuscule père d’église. Vêtu d’une toque romaine rouge à capuche, le mystérieux personnage se cramponnait à sa Bible avec des gestes tremblants. Une croix en or pendait à son bras. Il était pieds nus et un peu grassouillet. Il ressemblait à un drôle de Père Noël lilliputien. Curieusement, sa main gauche possédait deux pouces.

            - J’ai lu tes pensées, dit-il d’une voix caverneuse et inquiétante. Tu veux bouter le feu à Londres.

            - Pardon ? ? Non ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? demanda Anne, incrédule.

            - C’est moi qui pose des questions ici ! dit le prêtre en regardant Anne de sous sa grande capuche dépassée par son énorme nez.

            - Qui es-tu ? demanda Anne, timidement.

            - Bonjour ! dit le prêtre qui, se dévêtant de sa capuche, révéla un crâne rasé ainsi qu’un large sourire qui partagea son petit visage en deux.

            - Comment ça bonjour, comme si de rien n’était ? Vous venez pourtant de me parler d’un… incendie… de toute une ville, dit Anne, inquiète.

            - En effet ! Londres grandit trop. Elle va profiter de sa puissance militaire pour dominer toutes les terres de l’Atlantique. On ne peut pas, comme Rome, laisser s’instaurer une seconde ère de guerres incessantes, d’esclavage et de jeux sanguinaires. Alors je cherche quelqu’un pour participer à la destruction de cette cité. Mais rares sont les humains qui sont d’accord de partir à une telle aventure. Je suis tombée sur toi, car tu es si audacieuse que ton horloge magique m’a amené à te voir. Mais je n’aurais jamais pensé cela d’une fillette de onze ans. De plus, il faudrait que je t’amène au Moyen Âge, et ça, c’était il y a bien longtemps. Quel problème !

            - Certes ! lança la fillette. Et je vous assure que vous faites erreur ! Je n’ai aucune envie de quitter ma vie tranquille pour m’embarquer dans une telle histoire ! Pourquoi se chercher de tels ennuis ? Je tiens à mon confort : à mon goûter après l’école et à mes lectures bien au chaud dans mon lit douillet. Et que je sache, tout le monde ici est comme moi ! Vous devriez chercher ailleurs, dans un autre pays. Et puis, qui êtes-vous ? d’où venez-vous ? demanda Anne, suspicieuse.

            - Je suis un sauveur méconnu, un super surveillant des Humains, le meilleur sage de tous les temps. Mon nom est un abrégé entre Pépère et Eternel, Pétel pour te servir. Je suis un envoyé du ciel.

            - Le mot Pépère n’est pas très poli vis-à-vis du Seigneur, commenta Anne.

            - En effet. C’est Kibitz, le chef des diables, qui m’a surnommé ainsi.

            Anne ne comprenait rien au discours de cet étrange lilliputien.

  À suivre

Ci-dessous se touve une illustration de Pétel entre les mains d'Anne   © Monique Golay

  




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